Le livre

Mon père se plut à collectionner ce qui se rapportait à la gastronomie dans la littérature populaire vietnamienne. Comme il admirait profondément la langue française, il voulut partager sa passion en traduisant des textes importants de ce patrimoine pour un public francophone. Par ailleurs, confucéen convaincu (et médecin), il incitait à la modération de tout plaisir. En parallèle, il n'oubliait pas les vertus du bouddhisme qui, encore aujourd’hui, guide profondément le peuple vietnamien. L’écriture de Manger et boire au Viêt Nam à travers la littérature populaire l’a accompagné durant de longues années. 

J’ai complété ce livre sur la gastronomie en vous rapportant des recettes de mets qui y sont mentionnés. 

Godoy-Nguyễn Thị Hương Cần

Couverture




Extrait du texte

Quel est pour le Vietnamien le secret des aliments, c’est-à-dire sa signification dans l’évolution de l’homme ? Ils sont destinés à entretenir la santé ; ils constituent d’autre part une source de délectation. Ils concrétisent enfin un comportement spirituel qui met l’homme en rapport avec la nature et le monde de l’au-delà. 
L’aliment doit nourrir. 
Le Vietnamien qui se respecte considère que le fait de bien se nourrir pour avoir une bonne santé est aussi important que celui de faire des études sérieuses afin de devenir savant : 

Ăn vóc, học hay. 
Manger pour avoir une bonne stature, étudier pour devenir savant. 


Les connaissances en calories, en vitamines, en protéines lui sont complètement indifférentes, mais il sait bien que, depuis des milliers d’années, la source vitale est constituée par des aliments de base dont l’essence est le riz : 


Người sống vì cơm 
Cá sống vì nước. 
L’homme subsiste grâce au riz 
Le poisson vit grâce à l’eau. 


Le riz est l’élément diététique dont la production demande la concentration de toutes les activités. La Genèse raconte que le jour où Dieu chassa Adam du Paradis Terrestre, Il lui dit : « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain ... ». Le paysan vietnamien exprime le même sentiment sous forme de proverbe dans lequel le riz est l’équivalent du pain : 


Cơm cha áo mẹ ăn chơi, 
Cất lấy cơm người đổ bát mồ hôi. 
Quand il s’agit du riz de papa et de l’habit de maman, on ne s’en soucie pas, 
Mais lorsqu’il s’agit de gagner du riz des autres, il faut verser un bol de sueur. 


Aliment de base, le riz a toujours été « considéré » comme le principe de vie du monde oriental. Venait-il à manquer, c’est la famine, l’émeute... Pendant les périodes de sécheresse qui sont particulièrement néfastes pour la culture du riz, le paysan ne cesse d’implorer le ciel pour qu’il fasse tomber la pluie : 


Lạy trời mưa xuống, 
Lấy nước tôi uống, 
Lấy ruộng tôi cày, 
Lấy đầy bát cơm, 
Lấy khúc cá to. 
Plaise au ciel, qu’il pleuve, 
Pour que j’aie de l’eau à boire, 
Pour que j’aie mes rizières à labourer, 
Pour que j’aie un bol plein de riz, 
Pour que j’aie une grosse tranche de poisson.

Extrait des recettes

BOUILLON DE TOFU 
Canh đậu phụ

Ingrédients pour 6 personnes :
½ litre de bouillon clair
200 g de tofu
3 tomates
1 oignon
1 œuf battu
Nước mắm
Poivre

Temps de préparation : 30 minutes

Préparation :

Couper le tofu en cubes de 2 cm de côté et les tomates épépinées en 8 quartiers. Emincer l’oignon.

Chauffer dans une casserole du bouillon clair. Ajouter l’oignon et les tomates.

Après 15 minutes de cuisson, ajouter les morceaux de tolu.

Rectifier l’assaisonnement avec du nước mắm.

Lorsque la soupe est à forte ébullition, verser, en un mince filet, l’œuf battu tout en mélangeant bien avec une fourchette pour obtenir un nuage de filaments d’œuf.

Poivrer à volonté avant de servir dans une soupière.

Note de HC : Pour varier, on peut ajouter au bouillon quelques tranches de poitrine fraîche ou de travers de porc. Un repas familial vietnamien se termine toujours par un bouillon pour aider à finir proprement son bol de riz.

Bonjour à tous,

Mercredi 26 octobre l'émission de la Ligne de Cœur à la Radio Suisse Romande m'a invité pour discuter du livre.

J'y ai parlé du concept de BIEN-ÊTRE développé dans le livre. Vous pouvez écouter mon intervention ci-dessous.

Bonne écoute

Godoy-Nguyễn Thị Hương Cần



Invité Can Godoy-Nguyen: D'origine vietnamienne, elle a étudié la chimie à l'Université de Genève. Bien qu'installée en Suisse depuis de nombreuses années, elle aime toujours franchir les frontières et choisit de rendre hommage à son père par l'écriture de "Manger et boire au Viêt Nam à travers la littérature populaire". Paru en 2013 aux Editions la Frémillerie, ce livre raconte l'histoire de son père médecin, confucéen et bouddiste et fin gastronome: Nguyen Dinh Cat. Cet homme, qui appréciait manger et boire, nous rappelle que les excès sont contre-indiqués et la modération reste une clé de notre bien-être. Ce livre est aussi une invitation à découvrir les secrets d'une alimentation saine participant au développement de notre bien-être. Si ls aliments sont destinés à entretenir la santé, ils peuvent ête source de gourmandise mais ils incarnent aussi "un comportement spirituel qui met l'homme en rapport avec la nature et le monde de l'au-delà". Un dicton vietnamien dit "Manger pour avoir une bonne stature, étudier pour devenir savant".